encore des notes étrangères...(2)

niveau 5

le retard

Le retard ressemble de très près à l'appoggiature. La différence réside dans le fait qu'il s'agit d'une appoggiature préparée, c'est-à-dire que la note étrangère qui provoque une dissonance sur le temps fort, est déjà présente à la même voix et à la même octave dans l'accord précédent :

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appoggiature : note étrangère à l'accord, qui se résout par mouvement conjoint vers la note réelle appartenant à l'accord.
retard : note étrangère à l'accord, qui se résout par mouvement conjoint descendant (dans la majorité des cas) vers la note réelle appartenant à l'accord, et qui est liée à sa préparation.
La préparation d'un retard est obligatoirement une note harmonique, ce qui rend impossible son usage si cette note n'appartient pas à l'accord en question.

Les retards les plus utilisés sont ceux qui affectent la tierce ou la fondamentale d'un accord, cette note est repoussée sur le temps faible ou la partie faible d'un temps :

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Dans cet exemple, les retards sont colorés en rose. Vous remarquerez qu'il sont tous préparés par une note harmonique de l'accord précédent, et résolus en descendant à la note réelle de l'accord. On a ici un accord par blanche, la préparation dure au moins autant que le retard (jamais moins). La note qui est retardée peut parfois être doublée simultanément à une autre voix, mais à condition qu'elle soit en dessous du retard, et jamais au dessus.

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 Cet exemple montre quelques cas fréquents :
1. Retard de la tierce de l'accord. Celle-ci est doublée par la basse au moment de la résolution du retard. Cette doublure à l'octave doit toujours survenir par mouvement contraire. 
2. Retard de la fondamentale de l'accord. La basse pose la doublure du Do (note retardée par le soprano) sur le 1er temps. Elle se situe en dessous, et à distance éloignée (ce qui est la meilleure situation).
3. Retard de la fondamentale de l'accord. La basse, à distance de 9e, donne la doublure de la note retardée (le Fa), ce qui est valable.
4. Retard ascendant. Ce cas est fort rare, et ne concerne pratiquement que la tonique, retardée par la sensible (Mi, appartenant au Ve degré de Fa).
5. Retard de la tierce. Il est préparé ici par la 7e de l'accord. C'est une note harmonique, c'est donc valable. On remarquera les deux retards simultanés, et la doublure du La au moment de la résolution, qui est ménagée par mouvement contraire.

Le retard donne son meilleur effet avec des sons tenus, donc dans l'écriture d'instruments à vent ou à cordes, et dans la polyphonie vocale. Dans l'écriture pour piano, pour guitare, et pour tout instrument à son bref, l'usage de l'appoggiature est plus efficace. Mais d'une nature expressive différente, puisque l'appoggiature concerne en priorité la mélodie principale tandis que le retard peut se placer dans le coeur de l'harmonie. Et c'est ainsi que son effet est le plus intense.
Le retard correspond aussi à un style plus archaïque, et plus "sérieux" que l'appoggiature : celle-ci peut paraitre maniérée si elle est chromatique.

Exercice : une basse chiffrée à réaliser contenant des retards.

fichier de l'exercice ... F3  corrigé de l'exercice ... F3 corrigé

 

 

L'anticipation

Elle n'est pas très fréquente mais peut poser des interrogations lorsqu'il s'agit d'harmoniser une mélodie qui présente cette note.

Une anticipation vient en avance annoncer l'accord suivant. C'est un peu l'inverse d'un retard :

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Cet exemple montre deux anticipations successives, teintées en bleu. On remarque la répétition de la même note sur le temps fort. On les nommera "anticipations régulières".
Il serait extrèmement maladroit de vouloir harmoniser spécifiquement chacune des notes l'une après l'autre. Pour choisir un accord convenable, il ne faut pas tenir compte des anticipations ; il suffit d'ôter mentalement les deux croches teintées en bleu et cette petite phrase devient tout simplement :

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Il n'y a plus qu'à trouver les accords adaptés à cette succession. Voici le fragment harmonisé, où on voit que les anticipations ne font pas partie de l'accord pendant lequel elles sont émises : ce sont des notes étrangères qui provoquent ainsi des dissonances par rencontre avec les notes harmoniques :

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L'anticipation est généralement de durée brève, et peut ainsi être assez facilement repérée. On la rencontre essentiellement dans la mélodie, mais elle peut parfois s'ajouter aussi dans les voix intermédiaires. Une anticipation dans une voix inférieure seule ne donne pas un bon effet. Voici une harmonisation du même fragment où les anticipations interviennent également dans la voix d'alto. L'effet en est plus suave et raffiné :

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On peut combiner l'anticipation avec les notes de passage, retards, etc. ce qui occasionne parfois des rencontres curieuses. On remarque dans cette cadence la succession de secondes entre soprano et alto : 

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 Une anticipation n'a pas de lien avec la note qui lui précède : elle peut être conjointe (comme dans l'exemple) mais aussi disjointe.

L'anticipation régulière énonce à l'avance la note harmonique qui suit. Dans certains cas, on peut rencontrer des anticipations irrégulières : la note qui suit est une autre note harmonique.

Voici un exemple où on rencontre deux anticipations irrégulières, teintées en bleu :

18 10 1Mesure 1 : le Do est étranger à l'accord du Ve degré, il anticipe la note tonique appartenant à l'accord qui suit. Mais celle-ci est remplacée par une autre note appartenant à ce même accord.

Mesure 2 : le Si est étranger à l'accord de septième (IVe degré de La mineur), il anticipe la quinte du Ve degré qui suit. Mais cette note est remplacée par la tierce de cet accord. C'est un cas relativement fréquent dans le "style romantique".

Cette note peut également être analysée comme une échappée, terme un peu fourre-tout pour désigner des notes étrangères qui ne se résolvent pas et qui sont conjointes à la note qui les précéde. On analysera comme étant une échappée les appoggiatures irrégulières, les anticipations irrégulières, les notes de passage qui ne passent pas etc. 
Les néophytes ont tendance à recourir trop souvent à cette analyse dans tous les cas peu sûrs de leurs travaux, c'est pourquoi il reste préférable de considérer comme exceptionnel l'usage justifié de l'échappée.

L'usage de l'anticipation irrégulière ne concerne que le chant, on ne la rencontre quasiment jamais dans les autres voix.

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bien qu'il reste quelques points secondaires non abordés dans ces pages,

il n'y a plus qu'à ajouter une conclusion

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Commentaires (2)

1. O-M mercredi, 25 Mars 2015

Dans les analyses, V/IV signifie "Ve degré (dominante) du IVe degré" : ici, l'accord du IVe degré est FA, et donc sa propre dominante est l'accord Do-Mi-Sol-Si bémol : c'est un emprunt.
De même pour VII/VI : il faut voir un VIIe degré emprunté au ton de LA mineur, le VIe degré. On a en effet l'accord renversé Sol # - Si - Ré.

2. ribaud mardi, 24 Mars 2015

que signifient les notations de type V/IV ou VII/VI.....
merci

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Date de dernière mise à jour : mardi, 06 Décembre 2016